Le grand retour s’amorce et les nuages sont illustrés de zébrures de formes diverses, de la simple ligne au majestueux V, en passant par les formations moins ordonnées ou plus ondulantes, les migrateurs sont partout dans le ciel. Les Oies, pressées de regagner leurs territoires de reproduction de Scandinavie ou de Sibérie, ne s’autorisent parfois qu’une courte escale chez nous, le temps de prendre un peu de nourriture et de repos et c’est l’envol. Accompagnées des cacardages de leurs congénères restées en escale, les vols s’organisent avant de se fondre dans l’infini du ciel.
Dans les buissons et les bosquets, c’est aussi le retour des passereaux qui ont survécu aux morsures du froid en s’expatriant plus au sud ou en se rapprochant des habitations. Les Mésanges entament leurs chants métalliques et explorent les cavités à la recherche d’un abri pour leur nid, les Pinsons des arbres se réapproprient leurs perchoirs à grand renfort de strophes sonores, délaissant les dernières faînes de la fûtaie à leurs cousins venus du nord qui ne tarderont pas à prendre le chemin de retour vers les forêts scandinaves. Les premières Fauvettes nous gratifient de leur chant flûté pour nous signaler leur retour.
Depuis quelques temps, les buissons résonnent des chants mélodieux de tous les passereaux revenus pour la nidification. Les roselières résonnent des appels métalliques des Panures à moustaches et du chant du Coucou gris. Les Hirondelles commencent à élever leur première couvée et chassent les nuées d’insectes que le soleil a fait éclore. A chaque détour de chemin, dans chaque méandre des rivières on croise des canetons, de jeunes Foulques ou Poules d’eau, les jeunes Hérons cendrés réclament avidement leur nourriture à leurs parents dès leur retour de la pêche. Les Cigognes blanches craquètent du haut de leurs donjons de branchages ou leurs œufs attendent patiemment l’heure de l’éclosion.
Sur les vasières, d’innombrables limicoles de retour du grand sud se pressent sous les flots de la marée montante. On peut rencontrer alors ces oiseaux dans leur tenue d’apparat, les Combattants variés arborent leur collerette extravagante, les Bécasseaux variables nous dévoilent leur abdomen charbonneux, les Sanderlings, les Barges rousses et les Maubêches commencent à prendre des teintes ocres ou cannelle qui les dissimuleront dans la végétation rase de leur toundra natale.
Le grand voyage de retour des derniers migrateurs se poursuit vers le nord mystérieux, l’allongement de la durée du jour donne l’espoir à chacun de pouvoir mener à bien une ou deux nichées avant que la nuit reprenne l’avantage. Dans les marais, les bois, les champs, les espèces nicheuses sont désormais occupées à élever leur petite famille. Les premières jeunes Avocettes expérimentent l’usage de leur drôle de bec, si la chaleur le permet, le plancton est si abondant qu’aucun ne risque la famine.
Mais il faut encore se méfier des gelées tardives et les couveuses ne doivent quitter leur nid à aucun prix, à moins que survienne un dérangement ; ce sera alors l’occasion pour le Goéland, la Corneille ou la Pie de piller les nids sans aucune pitié. L’air est empli des chants territoriaux et des cris des petits et un incessant trafic aérien montre l’importance de cette période pour l’avifaune des abords de la Baie de Somme.
A la fin du mois, le Loriot nous signalera sa présence par quelques notes typiques, alors qu’à la tombée de la nuit, le souffle bruyant du Butor étoilé avertira ses voisins de phragmitaie qu’un mâle est en quête d’une compagne.