Les migrateurs sont de plus en plus nombreux à faire escale en Baie de Somme. Les Tadornes sont de retour et les Canards mâles commencent déjà à courtiser les canes avec leur plumage en parfait état pour affronter le changement de saison.
Mais le plus urgent pour la plupart des oiseaux est alors de faire des réserves de graisse qui serviront de carburant pour la migration mais aussi pour faire face aux mauvaises conditions météorologiques qui viendront bientôt. C’est ainsi que partout, dans les buissons garnis de baies et de fruits, les prairies couvertes de végétaux en graines, les terres riches en larves et les vasières grouillant d’invertébrés, une multitude de becs dévore avidement tout ce qui se présente.
Les grandes marées de l’équinoxe voient se serrer les uns contre les autres des milliers de limicoles qui, dès le reflux, se disperseront sur l’immense garde-manger de la Baie de Somme.
Les nuits sont de plus en plus longues et les migrateurs entreprennent souvent leur voyage dès la tombée du jour. Se guidant grâce aux étoiles, au champ magnétique terrestre et aux appels de leurs congénères, les Grives mauvis et musicienne, les Chevaliers gambettes, les Courlis cendrés, les Oies et bien d’autres vont se diriger vers leurs quartiers d’hivernage qu’ils rejoindront pour la plupart en plusieurs étapes, faisant escale en des endroits connus de leurs ancêtres pour leur calme et leur richesse en nourriture.
Les premières Bécasses des bois explorent les sous-bois, mais aussi les bordures de marais, les prairies humides, à la recherche de quelques larves et lombrics, redoutant le gel qui pourrait survenir et les contraindre à poursuivre leur chemin. Les Oies cendrées sont rejointes par leurs cousines au ventre barré, les Oies rieuses et exploitent les champs de céréales ensemencés, les prairies à l’herbe tendre et les zones de mollières où la végétation est régulièrement tondue par les moutons de prés-salés.
Les froides journées voient se succéder les vols de migrateurs, Pigeons ramiers et Vanneaux huppés formant de grands groupes, suivis par la cohorte des petits passereaux, Bruants jaunes, Pinsons des arbres et du Nord, Grives musiciennes, litornes ou mauvis. Même les Merles noirs sont du voyage et cherchent à devancer les assauts du frimas.
Parfois, haut dans le ciel, un bruit de trompette retentit, annonçant le passage d’une petite troupe de Grues cendrées en déroute.
C’est aussi le temps durant lequel les passereaux commencent à se rapprocher des habitations et à visiter les mangeoires disposées à leur intention. Pour ceux qui ont choisi de rester chez nous, l’hiver sera long et souvent cruel, mais est-il plus sûr de prendre le risque d’un voyage long et périlleux ?